Les écolo évangélistes

Les écolo évangélistes

Comme chacun sait, la chrétienté est un exemple, s’il en fallait, de développement durable. Si certains pensaient il y a deux milles ans fonder un mouvement « politique » au sens contemporain, ne se sont-ils pas trompés ? La peur et la promesse de l’apocalypse ne sont-ils pas les meilleurs leviers pour attirer les foules ?
C’est sur ce parallèle qu’est bâtit ce petit feuilleton pamphlétaire affectueux. Qui aime bien charrit bien …

 Feuilleton saison 1

 Le vert d’eau et la pomme : la prophétie de Renédé

  1.  Les verts missel

1. Le vert d’eau et la pomme : la prophétie de Renédé

Renédé

C’était dans l’ancien temps.

Il était Renédé, fils de Françoise et de Rémy. Renédé professait l’agronomie au peuple de France quand il entendit le message de la terre : « ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres ».

Il avait réuni le peuple le vendredi qui suivait la pâque de l’an 74 de l’ère chrétienne au pied du Mont Oertéef et à travers une lucarne d’où chacun pouvait le voir, brandissant un verre d’eau et une pomme il dit : « nous n’avons qu’une terre, si l’on continue à gaspiller les ressources, un jour viendra où les hommes n’auront plus d’eau, ni plus de pomme».

Mais la majorité du peuple ne l’avait pas compris et ne le désigna pas comme leur guide. Aussi Renédé avait-il continué le chemin seul avec un petit groupe d’amis de la terre qui tentait de respecter les préceptes fondateurs :

  • Tu ne gaspilleras pas les ressources naturelles et la croissance économique sera limitée

  • Tu protègeras la nature

  • Tu n’exploiteras pas le tiers-monde et les travailleurs et les minorités culturelles seront respectées et libres

  • Le pouvoir ne restera pas concentré aux mains des technocrates mais la société sera décentralisée et autogérée

  • Tu combattras le cancer de l’automobile en empruntant les transports en commun

  • La course aux armements cessera

  • Tu limiteras les naissances et la démographie ne sera plus galopante

  • Les pays riches ne surconsommeront pas et les richesses seront redistribuées de façon égalitaire

  • Tu ne laisseras pas la folie nucléaire te submerger mais Les techniques décentralisées, non polluantes et fondées sur des ressources renouvelables seront utilisées

  • L’urbanisme sera à l’échelle de l’homme et le du temps de travail radicalement diminué

dumont Ils dessinèrent ceci et l’affichèrent dans toutes les villes et les villages du pays. Mais le peuple de France qui n’avait pas entendu la parole de la terre à travers les mots de Renédé choisit le mauvais chemin.

La trentième année après que Renédé eut révélé le message terrestre, il y eut des vents de tempête venant de l’ouest, une grande nuée radioactive à l’est et un feu fulgurant tout au nord sorti de la bouche d’un volcan, et autour, une clarté : le changement climatique.

Partout la terre tremblait. En son milieu, comme un étincellement de vermeil au milieu du feu, la ressemblance de quatre êtres vivants. Chacun avait quatre visages, et chacun d’eux avait quatre ailes… Ils scintillaient comme étincelle l’airain poli… Leurs visages ressemblaient à un visage d’homme ; tous les quatre avaient à droite une face de lion à gauche une face de taureau, et tous les quatre avaient une face d’aigle.

Renédé avait rejoint les cieux depuis déjà dix ans et au royaume de France, la cinquième année après le règne du roi Nicolass, on vit arriver quatre personnages.

Chapitre 1 Les verts à pied

Au commencement était le vert. Puis le vert se multiplia car de plus en plus nombreux étaient ceux qui avaient entendu la parole de Renédé relayée par les quatre.

Parmi eux était un sage respecté de tous, Danycoben. Né à la veille du printemps dans le mois de Nissan, d’un père avocat allemand et d’une mère intendante de lycée française, ce garçon fut éduqué à la parole par le théâtre dans sa jeunesse et le jeune devient vite un brillant orateur. Il avait la crinière blonde du lion, la force du taureau et le verbe acéré comme l’œil de l’aigle. A l’époque où Renédé professait, Danycoben haranguait alors les foules parisiennes avec des mots encore un peu loin du culte de la terre.

En l’an soixante huit de l’ère chrétienne, en terre de France, alors que le jeune peuple se soulève pour réclamer plus de libertés mais le roi de Gaulle ne l’entend pas ainsi et Danycoben, soupçonné d’être leader de la contestation, est interdit de séjour au pays. Alors il dit : « nul n’est prophète en son pays »et partit dans le pays voisin d’Allemagne, terre natale de son père et le jeune peuple de France cria dans le temple de la Sorbonne « nous sommes tous des juifs allemands ». Il rejoignit bientôt un groupe appelé « die Grünen », pour porter leur parole, la cause de la terre et c’est seulement quelques années plus tard, Danycoben revint en terre de France pour rassembler les verts.

Il appela ses amis de terre natale, les plus anciens de la cause. Bricelon et Dominivoa étaient des apotres baptisés à la cause de longue date et Danycoben savait qu’il pouvait compter sur eux. Dominivoa, bien qu’en charge d’un petit fief situé à l’est de de la capitale du royaume, répondit à son appel et promit d’être là. Dominivoa était toujours restée fidèle bien qu’elle ait officié pour le ministère du seigneur Lioneljos, à l’époque du roi Jacquerac.

Bricelon, lui, avait cheminé au côté de Renédé dès la première grande marche puis il avait été appelé par le roi Miterre pour tenir les audiences sur les questions de nature. Bricelon avait vieilli mais les foules habituées à sa calvitie précoce ne le voyait pas et acceptait volontiers de le suivre.

Banycoben se souvint de deux autres amis qui étaient comme des frères. Il les avait rencontrés alors qu’ils pêchaient tranquillement au bord d’un lac, quelques temps auparavant, il avait alors convaincu Yvéco et Yannarber d’abandonner leur barque et de le suivre sur le chemin. Il les appela également. Yvéco avait succédé à Dominivoa auprès du seigneur Lioneljos. Il était un allié de poids également et accepta la proposition.

Yannarber était un personnage étonnant. Né en capitale de France, dans une famille de joailliers réputés, ainsi habitué à observer le précieux métal et les éclats des plus fines pierres, ses yeux devinrent très vite perçants et l’amenèrent à les fixer derrière des objectifs de caméra et d’appareils photo. Il attirait les adeptes en leur distribuant des images fascinantes de la terre. Yannarber était passé maître dans l’art d’hypnotiser les foules avec sa voix qui semblait sortir d’outre-tombe et ses envolées lyriques devant la beauté des images de pollution de la terre étaient célèbres en terre de France.Un jour, il obtint audience auprès du roi Nicolass et lui dit : « A moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le royaume de la terre ». Il avait atteint alors les sommets de la doctrine en produisant le film « maison » et il convainquit le roi de montrer son chef-d’œuvre à son peuple. Le roi Nicolass qui avait déjà promis à Nicolah quelques années auparavant de s’occuper de la terre et de la nature, ne voulait pas être en reste vis-à-vis de cet apôtre si énigmatique. De plus il savait par ses conseillers que Yannarber avait encouragé Nicolah à tenter de prendre le trône. Aussi, espérant calmer toute velléité, il ordonna que l’on diffuse le film « maison » sur le mont Francetélé juste avant le jour où le peuple devait choisir ses chefs de villages. Ses conseillers, qui n’étaient pas toujours très avertis de la réalité du peuple, pensaient que le peuple, en entendant l’ode à la terre, porterait au pouvoir d’avantage d’adeptes de la cause et qu’ainsi, leurs ambitions seraient freinées. Yannarber était ainsi, influant.

Danycoben avait dit à chacun de ses vieux amis : « invitez trois de vos plus fidèles élèves en leur demandant de faire venir à leur tour trois autres adeptes qui eux-mêmes devraient en trouver chacun trois et ainsi de suite. Rendez-vous était donné sur le Mont Gar Jugum, au pied duquel naissait le grand fleuve vénéré depuis la nuit des temps par leurs ancêtres et les ancêtres de leurs ancêtres. C’était une bonne place pour baptiser les adeptes de la cause, les amoureux de l’eau fraîche et de l’air pur.

Ainsi ils furent plus de mille à se retrouver un jour de grand soleil et de grand vent aussi sur le Mont Gar Jugum.

Au pied de la montagne chacun faisait halte pour se désaltérer à la source d’eau claire. Certains venaient de fort loin et pour arriver jusqu’au sommet de la montagne, il fallait gravir le long sentier de pierre et de terre. C’était un symbole de leur conquête. Ils soufraient dans leurs chaussures de cordes et de peaux. Les mouches dansaient autour d’eux et l’innocence de ces créatures retenaient les adeptes de leur faire mal en les chassant. Ceux qui n’haletaient pas discutaient de la manière dont ils s’y prendraient pour rallier à eux d’autres militants. C’est ainsi que l’on entendait Cécileflot déverser des mots et des mots à toute vitesse, tant de mots que beaucoup étaient comme hypnotisés. «  Tu parles plus que l’oiseau, mais ton chant nous saoule ! » dit un adepte un peu las du flot verbal. Sans se laisser décontenancer, la pipelette rétorqua : « eh bien moi, je veux que l’on se ligue pour la protection des oiseaux, ne t’en déplaise ! ».

Danycoben qui aimait que l’on montre ses convictions coupa court à l’altercation : « Nous aimons ceux qui portent haut et fort la parole de la terre. Tu es des nôtres, Cécileflot. On m’avait dit que tu étais une sorte de blague à toi toute seule car née le 1er avril et moi je dis, tu seras notre poisson pilote ! ». Puis ils continuèrent à gravir le sentier dans le silence retrouvé.

C’était comme cela chez les verts, on aimait beaucoup se bagarrer pour la cause et même parfois pour des petits riens du tout.

Les premiers arrivés au sommet se réjouissaient d’y découvrir l’infinité de l’horizon, la splendeur du paysage, image de leur cause pour une nature libre.

Leurs illusions furent vite effacées par l’arrivée d’un groupe de cow-boys alertés par le bruit de cette foule inattendue. La foule bruyante des adeptes se tut, voyant Josébo le moustachu lever le bras à l’approche des cow-boys. « Salut amis de la montagne ! » dit Josébo qui avait connu les geôles du roi Nicolass, rassurant ses compagnons, s’adressa aux paysans : « Nous sommes venus au sommet du mont pour célébrer la cause de la terre ». Un des auvergnats, grand gaillard se retourna vers ses voisins et fit : ce sont des verts, quand il y en a un, ça va, le problème c’est qu’ils sont très nombreux ici. Alors ils baissèrent leurs fourches, renoncèrent à lâcher les chiens et acceptèrent l’invitation des verts à venir partager une infusion d’herbes de la plaine.

Josébo avait du charisme. Fils de Joseph-Marie, il vivait au Mont Larzac où il avait coutume de fumer la pipe de la paix avec les bergers autour de leurs brebis. Il se battait contre les OGM

En fin d’après-midi, Danycoben fut hissé sur un promontoire et, à son tour, tint aux adeptes un discours en commençant par une citation de Pablo Neruda « Le printemps est inexorable ». La foule explosa de joie. Il ajouta :

ici commence notre longue course vers la victoire. Nous dicteront nos lois. Nous descendrons le grand fleuve jusqu’à la mer. Nous irons en campagne jusqu’à la cité de Panam pour conquérir le royaume.

Les apôtres qui vous ont fait venir ici aujourd’hui se réuniront bientôt avec moi et nous dicteront les lois que nous voulons pour notre royaume.

Il y eu beaucoup d’élus sur le mont des châtaigniers.


Chapitre 2 – Les verts dictent

La joyeuse bande redescendit du mont Gar Jugum avant la tombée de la nuit. La plupart des adeptes rentraient chez eux. Dans la vallée, les chemins se séparaient. Chacun reprit, qui son âne, qui son vélo, qui son cheval car ils maudissaient les voitures, à l’exception toutefois des autobus. Les apôtres longèrent la rivière qui élargissait son lit vers le lac près duquel Yvéco et Dominivoa avait l’habitude de pêcher. Denibo leur avait proposé de le rejoindre et faire halte là pour la nuit, son frère Yannarber les y rejoindrait plus tard.

Le lac bleu-gris était d’une pureté majestueuse et lisse comme un miroir. Yvéco et Denibo prirent leurs filets et partirent avec leur barque pour prendre quelques poissons avant la tombée de la nuit. Mais ils revinrent bredouille et Danycoben leur dit : laissez tomber vos cannes à pêche, demain nous irons à la pêche aux voix».

Un sifflement strident se fit entendre, suivi par un grand vacarme de ferraille qui brisa le silence du lac et les conversations par la même occasion. « C’est mon frère » s’exclama Yvéco en quittant la table où le groupe avait commencer à prendre l’apéro. Yannarber apparut dans l’entrée, affublé d’un casque d’aviateur en peau de lapin. « Record battu ! » fit-il fièrement. Il avait mis pas loin de quatre heures pour franchir les quarante kilomètres qui séparaient le lac du mont à bord du Solar impuls, un avion solaire. Un record en effet puisque les autres avaient mis moins de temps que cela avec les mules.

  • Ton exploit tombe à propos car demain nous partons à Notre Dame de la Lande où il faut empêcher les avions à moteur d’atterrir. Assieds-toi et prends un verre !

  • Formidable ! J’ai pris des centaines de clichés depuis le ciel, on voit les troupeaux et les méandres du fleuve avec un peu de pollution, je crois que vous allez aimer.

Denibo, dit le zélé, se réjouissait à l’idée d’empêcher les avions d’atterrir sur le petit terrain près de la Loire. Empêcher les moteurs de ronronner, c’était sa grande spécialité. A la capitale, il avait inventé un système pour dissuader les voitures de circuler. De très très larges couloirs de bus avaient été construits afin de réduire la largeur des voies dédiées aux voitures. Comme les vélos devaient aussi rouler dans les couloirs de bus, ceux-ci étaient ralentis et les voitures avançaient au pas. Dans certains quartiers, tout était parfois bloqué pendant des heures. Denibo était très fier de son œuvre et le gouverneur de la capitale du royaume ne disait rien.

Les huit dînèrent en s’engueulant copieusement sur les sujets écologiques qui les préoccupaient. Ils n’étaient jamais d’accord, c’est ce qui faisait leur charme.

« quelqu’un a t-il des nouvelles de Nicolah ? demanda Dominivoa en reprenant des écrevisses.

  • Il est parti prêcher dans le désert mais il m’a promis qu’il serait au rendez-vous demain pour le dîner. répondit Bricelon.

  • Claudègre et Noëlmer viendront aussi, ajouta Cécileflot

  • huit et quatre, nous serons donc douze à table demain soir, conclut Danycoben avec son sens légendaire de la synthèse.

A Notre-Dame de la Lande, la journée fut houleuse. Le gouverneur de la province avait envoyé ses gardes pour chasser la petite foule d’écologistes qui criait halte aux avions à moteur. Très agités en fin de journée, les adeptes avaient même jeté des tomates bien mures à la figure de Nicolah à qui ils reprochaient d’avoir jadis survolé le désert d’Ushuaia en hélicoptère.

Nicolah était un adepte fraichement converti. Fils de Monique Marguerite Marie et de Philippe Marie Joseph, aventurier et chercheur d’or, il a la patience du lion, l’entêtement du taureau et l’agilité de l’aigle. Tout petit déjà, il aime se fondre dans la foule et la photographier. Aventurier dans l’âme, il parcoure les pays en quête d’événement pour rapporter la bonne parole. Les romains ayant apporté en terre de France l’insouciance du jeu, il réunit des foules autour d’un petit écran pour leur montrer les terres et autres îles lointaines qu’il parcourt avec un hélicoptère. Chacun se souvient de l’homme haletant comme un taureau et courant de part en part à la recherche de trésors inédits. Nicolah dit qu’il aime voyager mais un jour il déclare : « à quoi sert à l’homme de gagner le monde entier s’il perd sa vie ? ».

Il décide alors de réunir des disciples pour servir la cause de la nature et dit : « L’urgence et le devoir nous obligent à changer de cap. Ouvrons maintenant la porte de l’avenir en engageant la transformation écologique et sociale de la société. Pardons de le dire mais l’heure est maintenant au changement de cap pour refonder l’espoir ». En l’an 106, il s’en va quérir audience auprès de ceux qui se déclaraient gouvernant potentiels afin de les convaincre de signer son pacte inspiré des 10 préceptes énoncés par le grand prédicateur Renédé, quarante ans auparavant. Nicolah rejoint le mouvement des verts en se disant qu’il pourrait pourquoi pas devenir le roi.

Le soir près de la Loire, les apôtres se retrouvèrent à l’auberge des oliviers où ils ont réservé une salle pour le dîner. « c’est en haut fait la serveuse qui porte une cruche d’eau ».

Bricelon et Dominivoa prennent place près de Danycoben avec près d’eux, Yvéco et Yannarber, inséparables frères. Claudègre, bougon comme à son habitude, s’assoit au bout de la table, à l’opposé de Noelmer qui est devenu discret depuis quelques temps.

Danycoben leur annonce une invité surprise : « Jovyale la juste nous arrive du pays froid des vikings. Elle a rejoint le mouvement pour nous aider. Gardons une place à côté de moi pour bien l’accueillir. A ce moment, les regards se tournent vers l’entrée car le rideau vient de se soulever et tous s’attendent à voir apparaître la nouvelle blonde recrue. Mais à la surprise générale, c’est Antoinewer qui s’invite. Celui-ci, aperçevant la chaise vide se dit qu’il était attendu et cette idée le réjouit. Il s’assoit là, à droite de Danycoben alors qu’un long silence pèse et que les regards perplexes se croisent.

La serveuse apporte des pains, de l’agneau et du vin et Cécileflot lui demande d’ajouter un couvert au bout de la table en faisant un clin d’œil à Danycoben. Les disciples se mettent à discuter vivement pour savoir lequel d’entre eux pourrait être le candidat. Qui est le plus à même de gagner les élections ?

Soudain une femme surgit de derrière le rideau : « Bonchour les zamis ! ». La femme est petite, blonde et pâle comme le soleil sur Oslo. De petites lunettes à montures rouges posées au bout de son nez lui font hocher la tête pour capter les regards. Elle rit de bon cœur et son léger accent de glace tranche avec son attention chaleureuse. Céciflot l’invite à s’assoir au bout de la table : « Prends la place d’honneur. Nous étions en train d’entériner le discours de Renédé en 74 et de discuter des orientations de la campagne présidentielle. Josébo toujours valeureux et courageux prend la parole en premier : « je pense qu’il faut inscrire la lutte contre les OGM et la malbouffe dans nos priorités. Denibo, le zélé enchaine sur son cheval de bataille, la voiture électrique. Claudègre, sortant avec fougue de sa réserve : « mais on ne sait même pas ou on va, l’origine humaine du réchauffement climatique n’est pas prouvé et je ne peux y croire si je n’en vois pas les stigmates ! ». Nicolah : « pardons de le dire mais il me semble que notre priorité doit être la terre car si la terre meure, on ne saura pas ou l’enterrer ! Antoinewer propose d’être le trésorier du mouvement et Danycoben montre son approbation en lui donna 30 deniers au titre de sa cotisation. Puis il dit : « nous coudrons des étoffes teintes en vert comme la pomme, en jaune comme le tournesol et en blanc. Pourquoi blanc ? parce que je n’ai pas de meilleure idée. A présent, je lève avec vous cette coupe à la terre ! vous n’imaginez pas combien j’ai désiré prendre ce repas avec vous et je vous le dit, en vérité, ensuite je ne boirai plus jusqu’à notre victoire ».

Bien que certains aient prédit son retour en terre natale pour devenir le roi des Français en l’an 102, l’homme préféra laisser les plus jeunes marcher en avant sur le chemin de la cause. Il laissa ses amis apôtres poursuivre le chemin en leur promettant de les visiter de temps à autre. C’est ainsi que Danycoben ne fut pas le messie.

Dès qu’il eut franchi le seuil de la porte, les autres se remirent à se bagarrer sur les priorités mais finirent tout de même par dicter cinq orientations programmatiques :

  • Vivre mieux en préservant l’humanité et la planète

  • Une économie écologique et solidaire

  • Vivre ensemble dans une société ouverte et réconciliée

  • De l’oligarchie à la démocratie réelle

  • Un monde de paix et de justice

Plus tard cette scène deviendra célèbre sous le nom de la scène de « la Loire ».


Chapitre 3 – Les verts minent

Jovyale n’avait pas son pareil pour faire rire la petite troupe des apôtres. Elle racontait de savoureuses histoires de ses ancêtres guerriers, d’excellents navigateurs qui parcouraient les mers avec des casques à cornes, épris de justice et un peu de fortune aussi.

« Dahieurs, mes haieuls vikings se sont installés pas très loin de lhà, au pays de l’Hagualilée ! » leur dit-elle.

Car elle parlait comme cela, la Jovyale, en ajoutant des « h » au début des mots, ce qui expliquait en grande partie que les hapôtres – pardon les apôtres – s’amusent de ses paroles. Au début, ils ne la prirent pas vraiment au sérieux.

  • vous connaissez l’Hagualilée ? »

  • et comment, c’est là que le roi Nicolass fait installer une nouvelle machine à électricité baptisée Eupéer très dangereuse d’ailleurs, répondit Nicolah.

  • oui, c’est vrai, et je n’ai même pas le droit de survoler la zone avec mon Solar Impuls, ce qui est bien dommage car ça ferait de belles photos avec des grues et du béton en bord de mer, quelle magnifique contraste ! fit Yannarber.

Jovyale demanda : « qu’ha t-elle de nouveau cette machine ? Et pourquoi hest-elle dangereuse ?». Claudègre qui participait en général peu aux discussions et se contentait de pousser des soupirs et de lever les yeux aux ciel quand un de ses acolytes disait une inexactitude scientifique – ce qui arrivait somme toute assez souvent – prit la parole, poussé par un entrain peu coutumier :

  • je vais t’expliquer, c’est très simple.

  • Ça commence mal … commenta Denibo, dans son amabilité légendaire

Dans sa fougue et sa générosité, il expliqua :

Tout le monde connait la formule E=mC2, n’est ce pas ? Eh bien quand on casse le noyau d’un gros atome comme l’uranium ou le plutonium avec une particule, on se retrouve avec deux atomes plus petits qui pèsent ensemble moins lourd que l’atome de départ et la différence de masse libère une énergie égale à cette différence de masse m multipliée par le carré de la vitesse de la lumière (C) qui est considérable. Dans la réaction, au passage, il y a émission d’une nouvelle particule qui va à son tour aller casser les nouveaux éléments et ainsi de suite.

Ensuite, cette énergie est récupérée pour faire chauffer de l’eau sous pression qui fait tourner une turbine et produit l’électricité. C’est le principe d’une centrale nucléaire. Le problème est que dans la réaction en chaîne, même quand on la maîtrise, des rayonnements dangereux se produisent et les atomes qui restent en bout de chaîne qu’on appelle les « déchets » sont radioactifs. On ne sait pas quoi en faire, alors pour le moment on les stocke, on les enterre.

L’Eupéer fonctionne à eau pressurisée comme un réacteur traditionnel sauf qu’il utilise des technologies qui le rendent – en principe – plus rentable économiquement, plus sûr, avec moins de déchets radioactifs.

Jovyale qui avait bien écouté Claudègre lui répondit :

  • C’est hun problème, ces déchets. La radioactivité rend les gens malades et finit par les tuer, non ? on ne peut pas l’haccepter, je crois.

  • Moi je crois ce que je vois. C’est comme les raisons du changement climatique, on est sur de rien. Les peuples qui vivent qui vivent sur des sols en granit reçoivent de la radioactivité naturelle qui peut aussi les rendre malades !

Il s’en suivit une vigoureuse bagarre verbale où des noms d’oiseaux volèrent et Nicolah, dans un élan de poésie, dit :

  • En vérité, je vous le dis, l’heure est maintenant au changement de cap pour refonder l’espoir !

  • c’est ça changeons de cap et allons au cap de l’Hagualilée. Allez, c’est parti ! se hâta d’ajouter Cécileflot qui s’était tue depuis plus de cinq minutes, la limite qu’elle pouvait supporter.

  • Tout cela est bien joli, ma chère Cécileflot, tu ne crois pas qu’il serait préférable d’aller se battre contre toute ces boues d’or noir qui sont déversées quotidiennement dans la mer. Penses aux oiseaux mazoutés, toi qui défends leur cause !

  • Et il n’y aurait pas du maïs transgénique dans ce pays ? Ajouta Josébo qui n’avait suivi qu’une partie de la discussion.

La bagarre était repartie, plus aucun n’écoutait l’autre et chacun y allait de ses arguments pour faire avancer son combat pour la terre, la mer, le ciel, contre le nucléaire, les OGM, les gaz de schistes et pour les ratons laveurs …

  • Attendez ! Il faut réfléchir un peu car il ne sera pas simple de faire venir les adeptes au cap de l’Hagualilée et le peuple des dunes, les Hagualiléens qui vivent là ne sont pas très démonstratif et peu enclin à manifester. Ils sont plutôt ralliés à la cause du métayer du roi, Henripro, qui leur distribue des sacs de deniers pour les faire taire. Yvéco avait parlé dans toute sa sagesse.

  • Que proposes-tu halors ? fit Jovyale à son adresse, après le long silence bien mérité provoqué par la parole de l’apôtre.

  • Je propose que nous envoyions à tous les adeptes un appel à venir se rassembler devant la machine Eupéer en utilisant des enveloppes de ce genre, répondit-il en levant bien haut ceci :

flamanville12 A la vue des slogans et de la tête de mort, Denibo le zélé s’exclama : « et si on posait des mines à l’Eupéer ? »


Chapitre
4 – Les verts missels

Au royaume de France, en ce début de l’an 12, on était bien trop occupé à chercher des deniers pour prêter attention à la cause de la terre. Les prêcheurs des rues ne s’intéressaient plus du tout à ce que faisaient ou disaient les apôtres de Renédé. Ils étaient accaparés par les duels sanglants entre les partisans du roiNicolass et ceux du Duc deBas-Pays.

De leur côté, nos apôtres à présent conduits par Cécileflot et Jovyale étaient allés trouver le duc de Bas-Pays afin d’obtenir qu’il leur laisse entrer dans le temple au cas où le Duc réussirait à prendre le trône au printemps.

Depuis lors, on ne les avait plus guère entendus. Cécileflot, de paroles manquait. Ils étaient reclus dans un mutisme peu ordinaire et traversèrent l’hiver en se contentant de lire et d’écrire au coin du feu, dans la rue du chaudron. Ainsi chaque apôtre ou presque écrivit ou fit écrire son missel, dévoilant son idéal, son engagement et sa différence.

Le joyeux désordre est à présent illustré et Dieu peut reconnaître les siens …

missels-11 Danycoben, Cécileflot et Josébo réussirent même l’exploit d’écrire à trois voix …

missels-2 Jovyale « ma boussole a toujours été la même : ne pas tricher, ni avec moi-même, ni avec les autres »

 Cécileflot« son projet écologique, nourri de profondes préoccupations sociales »

missels-3 Josébo Un paysan pour l’Europe !

missels-4 Corinnela sans sectarisme, en présentant tous les arguments

Nicolah plaide pour un art de vivre ensemble fondé sur la frugalité et le partage.

missels-6 Yannarber for a good planet !

missels-7 Denibo « pour que les politiques sauvent non seulement la planète mais permettent le passage à un monde enfin civilisé »

missels-8 Claudègre pense à tous les problèmes qui se posent à la Planète – démographie (cause première), manque d’eau, énergie, épuisement des ressources minières, traitement des déchets, pollutions y compris le CO2, perte de la biodiversité, pollution des océans

Et lance un message d’amour et de confiance dans l’Homme et sa capacité à s’adapter aux changements.


Chapitre 5 –
Les verts balisent

  Au sortir de l’hiver, après avoir écrit leurs missels, les apôtres sont en déserrance. Seule, Jovyale arpente les chemins de village en village avec son étoffe vert comme la pomme, jaune comme le tournesol et blanc. Elle prêche pour les moulins à vent en accusant le roi Nicolass des pires crimes. Mais les gens lui trouvent un étrange accent et détournent leur chemin en la croisant. Les prédicateurs de plus en plus nombreux ne lui prédisent pas le succès.

Pendant ce temps, Nicolah est parti prêcher l’apocalypse dans le désert : « pardon de le dire, mais la fin du monde arrivera si nous ne faisons rien ». Seuls quelques renards intrigués l’écoutent.

De leur côté, les autres apôtres s’entretiennent de la situation.

Danycoben : on aurait pu confier la tâche à Nicolah mais d’un autre côté, on ne met pas de vin nouveau dans de vielles outres.

Noelma : Nous avons confié nos deniers à Jovyale mais avant de bâtir la tour, il faut calculer la dépense.

Danycoben fait remarquer que les prédicateurs colportent le bruit que de moins en moins d’adeptes seraient prêts à les suivre. Ils risquent simplement de ne jamais revoir leur trésor en laissant Jovyale l’épuiser pour rien.

Noelma : méfions-nous des prédications car malheur à vous quand tout le monde dira du bien de vous !

Cécileflot : et si nous allions plaider notre cause auprès du duc de bas-pays ? Il vaut mieux mendier du pain sur terre que de l’eau en enfer, non ?

Les verts balisent, tout simplement. Suivant l’idée de Cécilflot, ils parviennent à convaincre celui qui veut détrôner le roi Nicolass de renoncer à ces machines infernales au profit des moulins à vent et de les laisser entrer dans le temple. En échange de quoi, ils promettent que leurs adeptes suivront la foule pour renverser le roi Nicolass.

Ainsi fait, ils se dispersent en se promettant de se retrouver le moment venu.

FIN DE LA SAISON 1


Epilogue – les verts durent
ou il perd ses verts ?

 Comme chacun sait, la chrétienté est un exemple, s’il en fallait, de développement durable. Si certains pensaient il y a deux milles ans fonder un mouvement « politique » au sens contemporain, ne se sont-ils pas trompés ? La peur et la promesse de l’apocalypse ne sont-ils pas de meilleurs leviers pour attirer les foules ?

C’est ce parallèle qui m’a amenée à écrire ce petit feuilleton pamphlétaire affectueux car « qui aime bien châtit bien ! »

Au tournant de la campagne du royaume de France, les verts n’ont pas dit leur dernier mot. Il se pourrait bien que les verts durent …

A suivre bientôt les écolos –évangélistes – saison 2 …

Scénario, dialogues et images de Sylvie de Nevers

Parmi les apôtres, vous aurez reconnu :
Antoinwer surnommé Juda, on le dit capable de trahir la cause pour quelques deniers : Antoine Waechter
Bricelon le Saint Pierre de la cause était déjà aux côtés de Renédé en l’an 74 : Brice Lalonde
Cécilflot elle multiplie les mots comme Philippe accompagne la multiplication des pains : Cécile Duflot
Claudègre fougueux et généreux, il est comme Saint Thomas qui ne croit que ce qu’il voit : Claude Allègre
Corinnela comme Barthélémy, elle évangélise des contrées plus lointaines Corine Lepage
Danycoben comme l’évangéliste Mathieu, il constate que nul n’est prophète en son pays et s’envole avec ses ailes d’ange, laissant les apôtres à leurs querelles Daniel Cohn Bendit
Denibo zélé et extrémiste de la cause comme Simon, il a réussi à s’infiltrer au royaume de Panam : Denis Baupin
Dominivoa parmi les tous premiers disciples, elle ressemble à André, en allant à la pêche aux voix en l’an 95 : Dominique Voynet
Josébo valeureux et courageux Juda qui résiste à la cavalerie : José Bové
Jovyale c’est la « Jacques le juste » de l’écologie Eva Joly
Nicolah évangéliste hors pair, il incarne Marc qui finit par prêcher dans le désert Nicolas Hulot
Noelma comme l’évangéliste Luc, il devient plus témoin qu’acteur : Noël Mamère
Renédé tel Moïse, il guide les adeptes sur les fondements de la cause : René Dumont
Yannarber avec sa vision mystique de l’apocalypse, il atteint les sommets de la doctrine (surtout en avion) c’est l’évangéliste Jean réincarné : Yann Arthus Bertrand
Yvéco comme Jacques le majeur (et André alias Dominivoa), il est un des tous premiers disciples : Yves Cochet

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