Je suis en vrac

Je suis en vrac. Je n’y comprend plus rien. Ils m’ont mis dans cette boite en plastique alors que j’étais bien tranquille dans le noir à l’abri dans l’argile. C’est une truelle qui m’a réveillé. Ils m’ont séparé de es bois et je ne sais pas ce que mes vertèbres font à côté de mon crâne plutôt qu’en-dessous. Et puis mes voisins ne sont pas bavards. « Heps, l’oiseau, tu dors ? ».

ça recommence, le renne et ses questions métaphysiques. Pourquoi il ne s’adresse pas à l’autre là-bas, la tête de cochon. Ils sont réduits à peu près au même état de squelette en kit. Moi, je suis entier, tout va bien. A part qu’ils m’ont empaillé dans une position scabreuse avec une patte levée. Je n’arrive pas à m’y habituer, j’ai tout le temps l’impression que je vais basculer et que mon bec va venir picorer la tête de la souris qui n’a plus de poils. Jamais vu ce genre d’oiseau, vraiment pas beau et puis tout noir. Le créateur devait déprimer sévère quand il l’a dessiné ! En plus il marche sur la tête, non mais je te jure. Sérieux, c’est pas moi le plus beau dans cette galerie ? Certes, il y a l’écureuil qui ne manque pas de panache mais la couleur de son poil ne vaut pas le tricolore de mes plumes et il ne reçoit pas plus de visites que moi, bien qu’il soit en bonne position sur les étagères, bien visible. De toute façon, il n’y en a que pour le renne ici. Tiens la porte s’ouvre. Revoilà la science. Ils nous amènent qui aujourd’hui ?

« Monsieur le Professeur, nous sommes très fiers de vous présenter l’original des ossements du renne retrouvé à Tautavel lors de la campagne de fouilles de 1995 ». Oh non, c’est pas vrai, ils ne vont pas encore me tripoter !

© Sylvie Andrieu le 11 novembre 2010

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