Janet’s gazpacho

« tous les étés, les ibères deviennent plus rudes »

René Goscinny

Le gazpacho est un plat symbole de la mondialisation. Il est arrivé dans mon quartier dans les années 90 grâce à une amie américaine d’origine irlandaise qui nous venait tout droit de Madrid.

Extrêmement rafraîchissant, on l’appréciera par une soirée d’été, un peu comme à Madrid, quand on ne parvient pas à se mettre à table avant 11heures alors que la chaleur commence à peine à nous épargner.

A Paris, cela fait plusieurs jours que la température monte à 35° Celsius (94,6 degrés Farhenheit). Le bitume est devenu incapable de se refroidir et les caloriphobes sont enfermés depuis plusieurs jours dans leur bunker à soigner leur grippe attrapée grâce au climatiseur réglé sur la position maxi. C’est comme ça depuis que la canicule fait son séjour annuel à Panam au mois d’août et que les supermarchés livrent en dessous de 100euros d’achat. Pendant ce temps là, dans les campagnes il règne, depuis le lever du jour, une odeur d’ozone somme toute moins désagréable que celle de la poussière. Quoi que l’un n’empêche pas l’autre puisque quelques agriculteurs « à laboure » arpentent leurs champs fièrement juchés dans la cabine de pilotage de leur moissonneuse-batteuse-lieuse.

Je veux rendre hommage aux anglo-saxons qui ont un don particulier pour le pragmatisme et la précision. C’est pourquoi cette recette sera exceptionnellement factuelle et chiffrée.

Il vous faudra 8 tomates, 2 gousses d’ail, un verre d’huile d’olive, 3 cuillères à soupe de vinaigre de vin, une demi-baguette ; pour l’accompagnement : 2 œufs durs, du jambon cru, un concombre, un poivron rouge, quelques oignons blancs ou oignons nouveaux.

Mouillez le pain avec de l’eau puis vous l’essorez. Inutile d’aller l’étendre sur le fil à linge, mettez-le directement dans un grand saladier dans lequel vous ajoutez les tomates coupées.

Et maintenant : « opération mixage », ça ferait presque un titre de film catastrophe. D’ailleurs la catastrophe n’est pas loin si vous ne prenez pas soin de couvrir le saladier avec un torchon avant d’y enfiler le mixeur à purée (je n’ai pas encore de robot, moi Monsieur, ni de lave-vaisselle d’ailleurs, à bon entendeur salut !).

Quand le mélange est homogène, vous ôtez délicatement le torchon. Regardez dans quel état il est, vous pouvez imaginer aussi l’état de votre beau tee-shirt blanc marqué « Paris Jazz Festival » ou « New-York, 2001, September 11th », si vous n’aviez pas pris la précaution d’utiliser ce foutu torchon. Tout le monde sait que les taches de tomates sont épouvantablement indélébiles, quel gâchis, ça aurait été !

Il n’est certes pas idiot de mettre un tablier ou une blouse pour cuisiner, je sais. Pour ma part, je ne m’y résous pas à cause du mauvais souvenir que m’ont laissé les travaux pratiques de chimie à l’Université. Remarquez, je pourrais bien un jour me payer le luxe de m’offrir une de ces blouses en Nylon aux motifs extrêmement bigarrés, voire bizarres pour ne pas dire monstrueux, que l’on trouve encore sur certains marchés de province (bon en banlieue aussi, d’accord !). Les plus belles blouses sont en général montées sur des sortes de mannequins en carton à énorme poitrine (95C minimum) mettant bien en valeur le cintrage de la blouse. Ces marchands là, je les adore. Chaque dimanche, ils assurent le liant pour notre culture dans toutes les régions de France. Je les admire de se lever si tôt de bon matin pour venir installer consciencieusement toutes ces blouses en Nylon qui volent au vent, en espérant rencontrer l’improbable ménagère de moins de cinquante ans qui tombera sous le charme de l’une d’entre elle….J’admire tout autant cette ménagère et surtout son mari !

Le spectacle gore étant maintenant achevé (je fais bien sûr référence au mixage de la tomate), vous pouvez ajouter l’huile, le vinaigre et l’ail émincé. Ce dernier est destiné à chasser les vampires qui, comme chacun sait, volent bas à la tombée de la nuit en été et tentent d’entrer dans les maisons. Si l’un de vos amant(e)s tente également d’entrer dans la maison pour vous embrasser après le repas, tant pis pour lui !

Aussitôt, le saladier va se réfugier en bas du réfrigérateur pendant que vous continuez à transpirer en épluchant tous les autres légumes et en faisant cuire les œufs, ce qui vous amène encore un peu plus de chaleur. Je vous laisse le soin de couper le concombre, le jambon le poivron et les oignons et de les présenter sur un plat, à votre guise. En ce qui concerne les œufs, je vous les recommande façon mimosa. le nom est très joli et très évocateur : il suffit de les écraser à la fourchette et cela évoque les fleurs (pas l’odeur, certes !). Chacun pourra mettre, à volonté dans son bol de soupe froide un peu de mimosa. Le jaune sur fond rouge rappellera un peu les décors des films d’Almodovar, il y aura un peu d’Espagne à votre table.

Le tout sera accompagné d’un disque de rock hispano-celtique de Celtas Cortos, c’est très rafraîchissant également.

© Sylvie Andrieu, Une rencontre cybergourmande, 2002

Publié dans Bar bac Tagués avec : , ,